Mansour Ciss Kanakassy

S.M.B
Note des utilisateurs: / 1
MauvaisTrès bien 
Mansour Ciss Kanakassy est un artiste sénégalais dont les œuvres renvoient à une réflexion sur l’Afrique et son développement endogène. Découvrez Mansour Ciss Kanakassy et son concept de « Déberlinisation ».


- Qui est Mansour Ciss Kanakassy?

Je suis un Artiste Délocalisé, depuis quatorze ans je vis à Berlin ville qui m’a inspiré surtout aidé à mieux conceptualisé ma démarche artistique.

- Quel est votre parcours dans le monde de l’art?

Il s'inscrit à travers les mutations culturelles et de leur évolution.

- Comment peut-on décrire votre art ?

Engagé…

- Que voulez-vous exprimer par le concept de « Déberlinisation » ?

Le laboratoire Déberlinisation, créé en 2001, est comme son nom l’indique un creuset de réflexions autour de l’histoire passée et présente de l’Afrique, et doit déboucher sur des perspectives de développement endogène de l’Afrique.

Tous les arts d’Afrique et toutes les pensées porteuses et à caractère de restitution de notre  mémoire collective et de notre identité y ont leur place. Le premier élément se décompose dans l’installation présentée à Dak’Art 2008.   

Il s´agit pour nous d´une part, une fois restituée, de veiller jalousement à la sauvegarde de l´identité culturelle africaine, et d´autre part, de maîtriser la science et les techniques modernes, afin de pouvoir décider des choix technologiques qu’offre la modernité et qui seraient adaptés aux différents contextes socio-économiques  actuels de l´Afrique. 

 

- Peut-on savoir un peu plus sur le projet « AFRO » ?

J’aime l’utopie et personne ne peut m’empêcher de rêver.

« Le Laboratoire Déberlinisation », le concept mère, est culturel et se rattache aussi à une solution dénommée AFRO (Monnaie imaginaire). L’Afro n’est pas un choix mais un devoir de réagir, pour aider les Africains à sortir de leur dépendance économique. « L´AFRO » est la création d´une monnaie unique par les Africains et pour l´Afrique. 

« L´AFRO » pose une question essentielle, nécessaire, sur laquelle chaque citoyen africain doit réfléchir, mais le concept veut aussi y associer une part d’utopie parce qu’elle est le signe identitaire de la création et j’aime cela. Une partie de l’Afrique a grandi en France, culturellement parlant. Nous autres africains francophones sommes confrontés à un phénomène radical de ce qu’on peut appeler aujourd’hui l’assimilation par le franc, la monnaie (FCFA ). Je n’aime pas le franc Cfa, moi j’aime l’Afro.

Le « laboratoire Déberlinisation », créé en 2001, est un mouvement d’artistes engagés dans la recherche de solutions aux maux qui assaillent notre société à travers des actions et dans des échanges trans-frontières entre jeunes du monde, aux artistes et intellectuels qui sont chargés de gérer les mutations positives ou négatives de notre planète. Établir une nouvelle diplomatie de l’art là où les politiciens ont échoué afin d’apporter une réponse claire et proposer des solutions, tel est notre objectif.

Notre Mission

Un Griot oublié a affirmé: « chaque génération doit découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». La mission de la jeunesse africaine est donc parfaitement claire : Ce sont les jeunes d´Afrique, qui doivent être le levain et les artisans du développement du continent, aidés en cela par l’éducation sous toutes ses formes. L’Art africain contemporain peut y aider.

-  Comment le matérialisez-vous ?

Après avoir eu l’idée de créer une monnaie unique africaine, il a fallu une collaboration pour la conception graphique des billets « Afro » avec le Pr. Baruch Gottlieb.

Aujourd'hui, les Nouvelles Technologies de Communication (NTC) nous aident à élaborer un véritable travail de mémoire. En utilisant le langage des arts visuels dans toute sa diversité : la vidéo, les installations, les affiches, les t-shirt etc., nous arriverons à déposer de notre vivant une mémoire de l’Afrique contemporaine.

Un autre exemple concret, lors de la 8e édition de la Biennale Dak’Art, j'avais matérialisé le pouvoir de l’image à travers une installation avec des boîtes et brins d’allumette géante intitulé le « laboratoire déberlinisation ».

Le « laboratoire déberlinisation » qui est aussi un agencement artistique et dialectique proposé par moi-même, en collaboration avec d’autres artistes tels que Baruch Gottlieb, Christian Hanussek et Sabel Guissé, prépare une série d’exposition intitulée la Mémoire du  temps, en premier temps, en Allemagne, en Afrique, au Canada, en Asie, Chine et en Corée du Sud.

Enfin avec le coton du Mali, Burkina-Faso et du Sénégal la création d’une marque déposer « Made in Sahel », pour aider les pauvres cultivateurs avec le commerce équitable.

 - Y a-t-il une compatibilité entre l’art et la politique ?

Bien sûr que oui,  je dirais même qu’il y a une cohabitation. C'est la raison pour laquelle j’utilise le multimédia comme support, surtout la vidéo avec le pouvoir de l’image. Il y a aussi des artistes engagés qui ne pratiquent pas l’art pour l’art.

 

-Vous avez assisté au dernier Dak’Art. Quelle lecture faites-vous de l’évolution de ce carrefour de l’art africain ?

Considérée comme la plus grande rencontre de la création artistique en Afrique, la biennale de l’art africain  contemporain, le Dak'Art est obligé de se repositionner pour garder son rang de leadership. Le Pr. Magueye Kassé, commissaire Générale de la 8eme  édition  nous a laissé entendre  lors de la cérémonie d’ouverture que : « des innovations sont régulièrement introduites dans la création africaine, témoignant de l’attention et de l’importance accordées ici, au développement des arts  à travers le monde et d’une intégration réfléchie qui tient compte de nos spécificités culturelles, comme l’art numérique, les installations et les performances,  par exemple ». Fin de citation.

- Que préconisez-vous pour que l’artiste africain soit considéré à sa juste valeur sur le continent ?

Fort heureusement, la Biennale des arts africains contemporains DAK’ART, nous offre des moments privilégiés, des moments exceptionnels. Elle a une grande valeur culturelle en tant que champ d’expressions plurielles. 

Aujourd’hui donc, dans leur rôle dynamique de réveil des consciences, un seul mot d’ordre pour les artistes africains : ne plus viser un esthétisme élevé ou une abstraction poussée, mais plutôt transmettre des messages purs et féconds sur la culture et les problèmes véritables du continent. Renoncer à L’Art pour l’Art, renoncer à toute forme de création ou d’une abstraction béante dont les oeuvres ne valent que ce que le  contemplateur veut qu’elles deviennent.  

J’invite les artistes africains à s’engager dans la recherche de solutions face aux difficultés qui hypothèquent le développement de nos sociétés. Il est lancé un appel également aux jeunes d’Afrique et du monde, à entrer dans des communications interculturelles au-delà des frontières pour faire face ensemble, dans un dialogue permanent et interculturel, aux grands défis de la modernité que sont entre autres, l’exclusion et le rejet, la participation citoyenne, la protection de notre environnement.

La création d’infrastructure en Afrique tel un musée d’art contemporain au Sénégal où les intéressés viendront visiter. Cela créera aussi des retombées économiques considérables.

La pérennisation de la biennale Dak’Art, parce qu’il nous donnent nous autres artistes la possibilité de faire parvenir notre message à un large public avec un grand évènement qui sera très médiatique.

 

-  Exposez-vous ailleurs qu’au Sénégal ou en Allemagne?

Oui, au cours des dernières années, j’avais exposé mes vêtements en Corée du Sud en 2000 à la Biennale Kwangju, à l’exposition internationale « Art to Wear » ; au salon du textile avec le coton du Mali ; en Autriche à Wien deux fois de suite avec le « laboratoire Déberlinisation ».

Pour l’Afrique,  j’envisage une tournée avec l’aide et l’appui de l’Institut Goethe.

Pour la France, je n’ai jamais eu encore la demande. Mais lorsqu’ils seront intéressés à mes projets, je n’hésiterai pas pour une éventuelle collaboration.

- Où se procurer vos œuvres ?

A travers mes expositions ou par contact mail ou une visite d’atelier à Berlin.

- Comment se porte l’art sénégalais ?

Il se porte assez bien puisse qu’il y a plusieurs références, aussi de grandes révélations parmi les plus jeunes sans chronologie : Soly Cissé, Douts, N’dary lô, Samba Fall, Pape Seydi, Cheikhou Bâ, Mamahdi Seydi etc. Pour ne citer que ceux-là car la liste est longue. Sans compter aussi les plus âgés parmi lesquels on peut citer des éléments de référence tels Iba N’Diaye, Ibou Diouf, Pape Ibra Tall, Issa Samb, Souleymane Keita, Amadou Bâ, Ousmane Sow, Amadou Sow, El Hadji Sy, Djibril N’diaye, Serigne N’diaye, Thialys Leye, Kalidou Kassé, Tita M’baye, Cheikh Diouf et autres. La liste risque d’être longue, je m’arrête là.

 

- Votre lieu de vacances préféré ?

Maroc et Madagascar.

- Pour finir, un message à faire passer?

Entre l’Afrique et le miroir, c’est un dialogue permanent. Une relation empreinte d’expressions symboliques.

Pour le « Laboratoire Déberlinisation », certes, c’est un échange de l’Africain avec sa propre image, mais avec la conscience collective. À travers cet atelier multimédia qui tire sa conception de l’art numérique, nous proposons grâce à ces instruments et équipements, des solutions alternatives par rapport aux nombreux maux qui assaillent notre continent. C’est là donc, une invitation aux intellectuels et politiciens africains, où ils peuvent se trouver, à réfléchir sur l’existence matérielle des populations, par conséquent à relever les défis de la mondialisation que nous impose l’accélération de l’Histoire. Ainsi, il urge pour les décideurs, les « Apôtres de la politique », d’accompagner intelligemment les jeunesses africaines vers la réalisation de grands projets afin que le miroir de l’Afrique brille de son éclat légendaire.

 

Il n'est plus question aujourd'hui que l’Afrique se vide de ses bras valides, c'est a dire cette jeunesse nourricière du Continent. La jeunesse pan-africaine doit prendre conscience que l’immigration vers l’Occident est une aventure suicidaire. L’Eldorado ou le mythe que l’Occident qui représentait un point de mire aux yeux des jeunes africains au point de les appâter, ne l'est plus du tout. Les autorités politiques africaines sont interpellées en premier chef pour maintenir les jeunesses du continent, non pas par la magie des mots, mais plutôt par la concrétisation des projets de développement. A travers les outils de communication modernes dont nous disposons aujourd’hui, les Arts numériques nous offrent la possibilité de faire face à ce fléau de l'immigration

Rétrolien(0)
Commentaires (0)Add Comment

Ecrivez un commentaire

Vous devez être enregistré pour écrire un commentaire.

busy