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L'humeur de Gaston: Et si finalement, l'émotion était nègre!

J’aime revenir sur nos classiques lycéens. Il y en a que nous
avons sacralisé bien à tort. Quand Birago Diop dit que les morts ne sont pas
morts, ne prenez pas cela au pied de la lettre, pas plus que quand le prêtre
vous promet le paradis en vous disant d’oublier les biens de ce monde. Je pense
aussi Hampaté Bâ : « en Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui
brûle ». Nous avons acclamé ces autodafés de l’égoïsme. Pourquoi ce vieillard
n’a-t-il pas légué sa bibliothèque à une université de jeunes qu’il aurait
formés ? Pourquoi meurt-il avec tout son
savoir ? Ne savons-nous pas que l’autodafé est certainement la pratique la plus
barbare du genre humain ?
L’autre jour au Festival National des Arts et de la Culture à
Maroua (Cameroun), un universitaire fustigeait les Blancs qui selon lui,
traitent de sorciers nos herboristes et nos voyageurs nocturnes. C’est-à-dire,
ces gens dont on dit qu’ils s’en vont manger les enfants des autres. Il oubliait
juste une chose dans son obsession à fustiger le Blanc responsable de tous nos
problèmes. En Bretagne, ce personnage, on l’appelle le rebouteux et il est aussi
vieillot que notre sorcier. J’ai demandé à cet homme quel nom il voulait que
l’on donne à ces égoïstes qui gardent leur savoir pour eux seuls. Si les
découvreurs de la pénicilline, de l’électricité, du téléphone, de la télévision
ou de l’Internet avaient conservé ces savoirs pour eux seuls, ce seraient des
idiots de sorciers. C’est parce qu’ils ont fait preuve d’humanisme en léguant
leur savoir, qu’ils sont devenus des savants, des génies dignes de notre
gratitude éternelle. Prométhée a bien mérité la reconnaissance du genre humain !
Revenons sur un autre classique de nos joutes intellectuelles.
Quand Senghor a dit que l’émotion était nègre, notre sagacité lycéenne
émoustillée par la pensée obtuse de nos enseignants, a fondu sur le grand homme.
Nous avons crié qu’il insultait les nègres. Alors, je me pose une question :
l’émotion serait–elle négative et la raison positive ? Pour des raisons
diverses, tout groupe humain partage ce que j’appelle la culture mémorielle.
L’émotion est nègre, la raison Hélène, la zen attitude orientale. En quoi est-ce
que ce serait une mauvaise chose ?
L’homme
d’affaires indien Lakshmi
Mittal, est la 4ème fortune mondiale. Il a racheté Arcelor, le
fleuron sidérurgique européen. Il dit à quel point sa vie est au croisement de
l’indolence indienne et du pragmatisme anglais. Il est végétarien, fait une
heure de yoga par jour et traite les affaires avec un mélange de cette facilité
de contact que lui a conféré la multiethnicité indienne et avec le pragmatisme
anglais.
L’émotion est nègre, c’est un fait. À cause du climat, du magnétisme tropical, peut-être ! Qu’importe. Mais c’est un fait, nous avons une tendance à l’émotivité qui est justifiée non par la couleur – les Indiens noirs ne sont pas émotifs mais zen – mais par l’espace de vie et la culture mémorielle. Le problème n’est donc pas de savoir si nous sommes émotifs. Il s’agit d’apprivoiser cette émotivité, de la canaliser et de l’utiliser comme une force. Là où elle serait faiblesse, nous lui substituerions les autres attitudes humaines plus adaptées à la situation, comme le fait si bien Monsieur Mittal avec son alliage indo-britanique. L’émotion est Nègre, mais le Nègre doit de venir rationnel et Zen quand cela s’impose.

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