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LA DYNAMIQUE SOCIOCULTURELLE ET ÉCONOMIQUE : L’enjeu sur les pays en voie de développement.
C’est probablement les mutations économiques qui ont eu le plus d’impact sur les mutations socioculturelles pour la simple raison que les habitants se sont pliés aux exigences de la rigueur économique ainsi qu’aux changements de rapports dans la société urbaine.

Betty Baba
Professeure Université d’Ottawa
QUELQUES RAPPELS THEORIQUES
La théorie développementaliste : La théorie développementaliste entre société traditionnelle et société moderne. Ces sociétés constituent deux types « type idéaux », C’est- a–dire deux modèles construits par les chercheurs pour rendre compte des changements sociaux, économiques, politiques et culturels qui marquent le passage de l’une à l’autre, et qu’on appelle modernisation.
Les utiles préconisés par les sociologues rendent plus compréhensible un ensemble de faits, d’une réalité sociale.
Quels sont les facteurs clés susceptibles de promouvoir le développement socioéconomique et culturel de la femme en Afrique?
Il est essentiel de commencer par une analyse théorique de la notion de dynamique d’une société. Cette démarche est souhaitable pour étudier une société de l’Afrique noire, dont l’évolution récente a été l’une des plus rapides à cause de la colonisation britannique ou française et de la mondialisation. Cette approche théorique a pour objet d’éclairer et de guider nos analyses. Elle s’inspire des travaux de sociologues sur les perspectives des sociétés en développement.
Nous commençons par ce que George Balandier[1] appelle le dedans et le dehors du système de dynamique sociale. Nous étudierons donc les causes internes et externes des dynamiques ainsi que les adaptations des sociétés. Les causes internes sont dues à l’évolution naturelle des sociétés et leur adaptation à leurs environnements. Les causes externes viennent d’influences extérieures, par exemple la colonisation, la mondialisation ou le modernisme, aboutissant souvent à l’acculturation des sociétés indigènes.
A propos de l’évolution des familles africaines, Wenke[2] affirme qu’elles s’adaptent aux conditions physiques, sociales et à l’environnement. Pour Le Vine[3] une évolution similaire dans toutes les sociétés aboutit aux changements de l’éducation des enfants et des pratiques propres à chaque famille. Il affirme que l’homme adapte l’éducation des enfants en fonction de niveau de danger de l’environnement, et leur fournit les apprentissages dont ils ont besoin pour faire face à l’environnement. Il conclut donc à la présence d’une relation de cause à effet entre la dynamique d’une société et la technologie, la structure familiale et les valeurs du milieu.
La notion de famille qui est fondée sur la consanguinité est la base de la famille nucléaire au sens européen du terme. En Afrique noire, la famille englobe les membres du clan, c’est-à-dire toutes les personnes ayant en commun le même ancêtre.
Ainsi, Caldwell et Caldwell[4] affirment que les états de l’Afrique de l’ouest seront bientôt des sociétés monogames et que « la grande famille» africaine serait un phénomène en voie de disparition à cause du modernisme. L’une des raisons avancée pour appuyer cette hypothèse est la mise en évidence des transitions en cours; c’est–dire la modernité pour ne pas parler de modernisme en tant qu’idéologie de la société contemporaine.
Pour cette raison, ils pensent que l’évolution en cours est incontournable. La conséquence inévitable serait une société tournée plus vers l’avoir que vers l’être, avec moins de solidarité et d’entraide entre les gens. Un phénomène qu’ils comparent à l’évolution des sociétés industrialisées.
C’est ce que Lasch[5] a décrit comme un nouveau monde dépourvu de cœur («Haven in a heart less world»).
Nous insisterons aussi sur la modernité en tant que source de nouvelles aspirations des peuples. Mais comment parler de modernité lorsque la majorité des peuples n’y a pas accès ? La population essaie tant bien que mal d’assimiler les nouvelles valeurs sans avoir les moyens matériels.
Par exemple prendre la pilule contraceptive ou brosser les dents avec du dentifrice présuppose que l’on a les moyens de les acheter. Les moyens pour y arriver ne sont pas accessibles pour tous dans les pays en développement d’où un malaise social de plus en plus réel.
Le Vine[6] a démontré dans ses travaux que l’éducation des enfants aboutit à l’émergence d’une nouvelle race de classe sociale qui provoque des changements significatifs dans les pays de l’Afrique de l’ouest. En effet, il faut de l’argent aujourd’hui pour scolariser les enfants. Pratiquement tous les services jadis gratuits se paient. Il y a l’émergence d’une nouvelle classe d’enfants : ceux dont les parents peuvent leur payer les études et les autres pas.
Des sociologues, anthropologiste et spécialistes d’études féminines se sont documentés sur l’aspect négatif du développement économique et du modernisme de la société africaine. Nous donnons ici l’exemple de Dizard et Gadlin[7]. Leur livre « The minimal family » confirme les travaux de Hirsch[8] dans la mesure où l’emprise du capitalisme sur les pays africains modifie profondément leur façon de vivre et a posteriori les institutions traditionnelles de la famille.
Dizard et Gadlin [9]ont une opinion négative des mutations socioculturelles qui éloignent les africains de leur mode de vie communautaire et les mène vers plus d’individualisme, notamment dans les grandes villes. Des études ciblées dans la ville de Lagos (au Nigeria, un pays producteur du pétrole) démontrent qu’il y a de plus en plus des problèmes jadis inconnus. C’est le manque de discipline et d’éducation civique et morale des enfants vis-à-vis de leurs aînés et de leurs grands-parents. Qu’en est-t-il au niveau de la polygamie et la condition féminine ?
Le Vine et Miller [10]insistent sur le caractère incontournable des bouleversements des sociétés en développement et leur l’incapacité à garder leur identité face aux influences extérieures. Ils citent comme exemple exceptionnel le Japon post féodal et sa capacité à intégrer les valeurs traditionnelles dans un processus de développement sans que celui–ci ne bouleverse profondément la société et son sens de la hiérarchie. Les mutations socioculturelles et économiques influencent le mode de vie de citadins à grande échelle.
Beaucoup de pays africains les états gèrent la pauvreté et la misère des peuples, mais certains ne la gèrent pas du tout, comme le Niger et le Mali. Vouloir tout changer à coup de reformes stériles sans un véritable levier de développement nous parait inutile. A l’instar des sociétés développées, le développement améliorera systématiquement les rapports homme/femme et rendra à la femme la place qu’elle mérite dans la société.
La société québécoise est un bel exemple de l’évolution de la femme depuis la révolution tranquille. Qui aurait imaginé que la femme québécoise autrefois soumise et réduite à s’occuper des enfants serait aujourd’hui plus libre que sa voisine, l’américaine. Mais la liberté a un prix à payer si elle est mal utilisée.
Le développement économique fécond éradiquerait la misère, Nous pensons que le processus de modernisation seul tel qu’on le connaît aujourd’hui ne libèrera pas la femme de l’asservissement et de l’ignorance. Et tant que la pauvreté perdurera il n’éradiquera pas non plus la sexualisation exagérée des rôles au sein du foyer africain.
A long terme l’éducation, le développement et la prise en charge par la femme de son propre destin nous paraissent des voies intéressantes. Elles pourraient lui permettre de s’épanouir et affirmer sa place dans une nouvelle société qui semble lui ouvrir des portes.
BIBLIOGRAPHIE
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Balandier George, Sociologie actuelle de l’Afrique noire, PUF, Paris 1982, 530p.
Cadwell J.C and P. Cadwell, High fertility in sub-Saharan Africa, Scientific American (May), 1990, 118-125.
Hirsch F, Social limits to growth, Harvard University Press, Cambridge, Massachusetts, 1976.
Levine S.E, Miller P.M et al. Women’s schooling and child care in the demographic transition: A Mexican case study, Population and development review, 17:459496, 1991.
Le Vine R.A, Parental Goals: A cross-cultural view, Teacher’s college Records, 76:2, 1974.
[1] Balandier Georges, sens et puissance, édition Quadrige, PUF, Vendôme, 1981(334p)
[2] Wenke R.J, Patterns in Pre history : Human kind’s first three million years, Oxford University press, Oxford, 1984
[3] Le Vine R.A, Parental goals : A cross cultural view, teacher’s college records, 76 : 2, 1974
[4] Caldwell P, the economic rationale of high fertility : An investigation illustrated with Nigerian survey data , population studies, 31 :5-27, 1977
[5] Lasch C, Haven in a heartless world, Basic books, New York, 1977
[6] Le Vine S.E, Miller P.M, and al; Women’s Schooling and Child care in the demographic transition : A Mexican case Study , Population and development review, 17 : 459496, 1991
[7] Dizard J.E , Gadlin H, The minimal family , university of Amherst press, Amherst, Massachusetts, 1990
[8]Hirsh F, Social limits to growth, Harvard University press, Cambridge, Massachusetts, 1976
[9] Idem
[10] Idem

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