La polygamie dans la société moderne

Betty Baba
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Retrouvez dans la nouvelle rubrique Chronique de société,

le texte de Betty Baba sur "la polygamie dans la société moderne".

Betty Baba enseigne à l'Institut d'études des femmes de l'Université d'Ottawa.
Bonne lecture.



Par Betty Baba

Professor :Université d’Ottawa


La Polygamie dans la société Moderne


La polygamie peut se définir comme le lien de mariage entre un homme et plus d’une femme. Elle est souvent associée aux clichés, d’où à priori, l’indignation et le débat dans les sociétés occidentales.

Lorsque l’on parle de la polygamie, c’est d’abord à l’Islam et la tradition africaine que pensent beaucoup d’occidentaux. Aujourd’hui, faire une distinction entre l’Africain islamisée et polygame et le chrétien monogame nous paraît comme un point de vue de l’esprit. Il y a aussi la tentation de confondre la cause de la pauvreté et la polygamie. La réalité est plus complexe que cela.

Le Africain chrétien est à priori considéré comme monogame. La réalité est qu’il partage certaines valeurs avec ces frères musulmans, notamment les rites ancestraux animistes pendant les cérémonies traditionnelles. Il partage aussi des caractéristiques sociaux et culturelles purement africaines qui n’ont rien à voir avec la religion chrétienne. Le processus de liaisons polygamiques est en effet très complexe. Nous avons souvent confronté avec une société où la dichotomie musulmane polygame et chrétien monogame n’a pas beaucoup de sens même si la religion chrétienne interdit la polygamie. En Afrique, la tradition, la culture et la société dans l’ensemble (avec ses codes et usages) règlent son fonctionnement.

La polygamie est encore très répondu en Afrique occidentale, particulièrement dans les pays francophones (tel que la cote d’ivoire, le Sénégal le mali, etc.) par rapport aux anciennes colonies britanniques.

En ce qu’il concerne la cadence du mariage polygame par rapport au mariage monogame le Bénin et le Cameroun restent contant. Citons l’exemple du Ghana (pays anglophone) où on constante une diminution forte de la polygamie ; un cas exceptionnel parmi les pays subsahariens.

Toutefois il n’est pas démontré qu’il y un rapport entre l’histoire coloniale de l’Afrique subsaharienne, L’évolution ou le taux de polygamie.

Par contre il est certain que là où il y a développement social et économique la polygamie est en baisse. Et par conséquent le nombre d’enfants par famille est moins important en dépit des problème économiques, les bouleversements sociaux et culturels liés à la mondialisation l’évolution de la polygamie ne semble pas affectée en Afrique de l’ouest en général.

Les motifs souvent évoqués en matière de polygamie sont la religion, (tout particulièrement l’islam), la tradition et l’agriculture. L’islam tolère la polygamie à condition que l’homme trait toutes les épouses de la même manière. Dans la tradition africaine celui qui a plusieurs femmes et enfants est respecté. Une autre explication fréquemment avancée par les anthropologues est la nécessité de constituer une manœuvre suffisante pour cultiver la terre, dans des familles polygames.


Il semble que les pays pauvres ou dits en voie de développement constituent un terrain particulièrement favorable à la pratique de la polygamie en dépit de l’influence du christianisme et du modernisme. En Afrique noire la polygamie est quasi généralisée en dépit des variations géographiques liées aux spécificités locales.

La question qu’on se pose aujourd’hui dans notre société moderne est les suivants :

Les mutations économiques, socio-économiques et démographiques, ont-elles des conséquences significatives et durables sur le devenir de la polygamie en Afrique noire ? Quels seraient les variables qui déterminent l’évolution de la polygamie en temps et espace ? Quelles sont les conséquences sur le devenir de la femme africaine ?

Le modernisme crée des nouveaux besoins et des charges jadis inconnues. Le citadin polygame a de plus en plus du mal à assumer ses responsabilités. Il y a aussi l’effritement de la solidarité légendaire des Africaines à cause de la pauvreté.

Certaines femmes profitent de la conjoncture économique pour nouer des relations basées sur l’argent avec des hommes. Qu’il s’agisse de la prostitution stricto sensu, de la prostitution déguisée ou de l’amitié intéressée, beaucoup de femmes en tirent profit à cause de la pauvreté grandissante. Ce phénomène est hélas repérable dans beaucoup de pays en développement où la pauvreté sévit.

Les conséquences de la rigueur économique démontrent que lorsqu’une société est contrainte à subir des difficultés elle s’adapte un mode de vie qui lui permet d’atténuer les difficultés. C’est la seule raison qui expliquerait la baisse progressive de la polygame au Ghana.

La baisse de la polygamie ne signifiera pas forcement que la condition de la femme changera subitement. Non seulement elle doit remplir son rôle d’épouse en assumant toutes les taches qui lui reviennent par la coutume, elle doit aussi être mère et pourvoyeuse.

L’évolution en cours ne lui est guère favorable qu’elle soit en foyer polygame ou monogame. La polygame n’est que le sommet de l’iceberg car les difficultés de la condition féminine sont plus complexes. Ces difficultés semblent liés ses rôles sexués. Le modernisme en tant que nouvelle idéologie des sociétés en développement ne fait qu’aggraver la condition féminine puisque parce qu’elle n’a guère changée depuis des siècles.

Pour anticiper la condition de la femme en Afrique à long terme il serait souhaitable de promouvoir l’émancipation de la femme. L’éducation de la femme Africaine, son autonomie financière, et le développement économique du milieu en développement nous paraissent indispensables pour qu’elle puisse s’épanouisse totalement.

Elle a la capacité de s’épanouir parce qu’elle est déjà très activement engagée dans beaucoup de métiers. Elle est aussi responsable, et un soutient indispensable du mari lorsqu’elle travail. Il n’est pas étonnant que les ONG qui œuvrent dans les micros projets capitalisent sur les femmes en Afrique noire.

En réalité ce que les hommes ont du mal à accepter est la capacité de la femme à ne plus subir aveuglement l’autorité masculine. Les reproches des hommes interrogés envers les femmes d’aujourd’hui sont la preuve que les changements profonds sont en cours. Le citadin africain est en train de subir des transformations à cause du modernisme et la mondialisation.

Il lui manque certainement du recul historique qui lui permettrait de savoir avec suffisamment de précision comment il maîtrisera les mutations en cours et son devenir. La polygamie est certainement en train de subir les mutations encours. Le meilleur espoir pour la femme serait l’éducation. Se sont les couples instruits qui se respectent le plus et sont farouchement contre la polygamie.

Plus la femme africaine est instruite moins elle a tendance à se laisser aliéné et abusé. Son avenir serait aussi dans ses mains. Elle est à la fois femme enfant ou femme objet convoitée par l’homme. Elle joue parfois avec ses charmes et tir profit de son corps. « Elle ne deviendra sujet que lorsqu’elle fera jouer paradoxalement les ressorts qui la constituent en objet»

Fainzang Sylvie et Odile Journet, la femme de mon mari, anthropologie du mariage polygamique en Afrique et en France, Edition L’harmattan, Paris, 1989 p.161, 174p.


A long terme, l’éducation, le développement, le recadrage de la pratique de l’Islam et la prise en charge de la femme de son propre destin nous paraissent des voies intéressantes. Elles pourraient la permettre de s’épanouir et affirmer sa place dans une nouvelle société qui semble lui ouvrir des portes. Nous pensons qu’elle a tout a fait des chances de sortir de sa situation aliénante dans une société d’hommes par excellence.


En Afrique noire se sont les enfants qui subviennent aux besoins des parents âgés car la protection sociale n’existe pas. Avoir plusieurs enfants est une garantie de survie. Que les problèmes économiques et sociaux dans la société moderne constituent des facteurs déterminants en ce qui concerne le devenir de la polygamie en Afrique noire ou pas, seule l’avenir nous le dira.




Bibliographie


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  • Philippe Antoine et Marc Pilon, La polygamie en Afrique, Quoi de neuf ? La chronique du CEPED, n° 28 Janvier /mars 1998.





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