Noël KODIA présente le livre "Plaidoirie pour l’abbé Fulbert Youlou" de Rudy Mbemba.

S.M.B
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Noël Kodia fait une présentation du livre de Rudy Mbemba Dya-bô-BENAZO-MBANZULU dans AfrikAuteurs. Paru aux éditions L'Harmattan, "Plaidoirie pour l’abbé Fulbert Youlou" est "une réhabilitation du père de la nation congolaise". Notez que Noël Kodia est Essayiste et critique littéraire.


Quand en août 1963, le président Fulbert Youlou démissionne de ses fonctions pour ne pas faire couler le sang dans un complot politico-syndicaliste qui fera déjà trois martyrs, le peuple congolais ne sait pas qu’il va subir les affres de la révolution du type stalinien. Désenchantement et regret de s’être séparé trop tôt de Youlou et Opangault traineront pendant longtemps dans le cœur des Congolais qui venaient de fêter, trois ans auparavant l’indépendance de leur beau pays.

Le livre de Rudy Mbemba apparait comme un rétroviseur dans lequel était cachée la véritable image du premier président du Congo ; un homme présenté comme le "valet de l’impérialisme français", mais qui se découvrira plus tard comme un homme de qualité. Surtout à cette époque où la culture consécutive à l’école coloniale n’est pas donnée à tout le monde. Et ce n’est pas n’importe quel Congolais sorti de l’indigénat qui se veut abbé dans une Eglise catholique où dominent encore les Occidentaux. "Plaidoirie pour l’abbé Fulbert Youlou", un ouvrage qui nous livre l’ascension d’un homme politique qui aurait pu changer le destin du pays, tant son projet socioéconomique suscite jusqu’aujourd’hui admiration et respect. Et cela a été révélé à la Conférence nationale quand il a été réhabilité par l’Histoire de son pays puisque l’on ne triche pas avec celle-ci. Et si sa descente aux enfers était accompagnée par un "Youlou a tout volé, nous bâtirons de nouveau, suffit la liberté !", aujou rd’hui, plusieurs décennies après, force est de constater que nous avions plus volé, plus violé, plus tué et plus confisqué la liberté après lui. Il fallait attendre le retour de la démocratie pluraliste, comme au bon vieux temps de l’UDDIA, du MSA, du PPC pour retrouver la liberté. De ses débuts en politique, Youlou se définit comme anti-communiste tout en défendant ses idées par rapport à la réalité congolaise baignée dans l’africaine. Ayant étudié la philosophie et l’ayant aussi enseignée, il peut se livrer au choc des idées pour se créer les siennes susceptibles de l’aider dans son action politique.

Dès son entrée en politique, Youlou se veut rassembleur de son peuple dans la diversité. Et cela se concrétise avec la création de l’UDDIA pour se mesurer avec ses aînés Tchitchelle et Opangault qui dirigent respectivement le PPC et le MSA. Avec lui, se découvre le respect du patrimoine national. Rudy Mbemba rappelle cette qualité kongo en se fondant sur une étude de Rémy Boutet sur Youlou : "L’abbé est très estimé. A peine entre-t-il en politique, les Kongos lui procurent une voiture, un chauffeur et une allocation mensuelle, afin qu’il poursuive la carrière qu’il s’est choisie sans avoir aucun souci matériel" (p.54). Dans cette lutte politique pour le pouvoir, Youlou semble plus intelligent et rusé que ses adversaires. Il est d’abord ministre de l’Agriculture pour avoir des contacts avec les larges masses populaires de toutes les régions. Il profite de sa suprématie intellectuelle pour être le père fondateur de la République du Congo. Dans les compétitions qui l’opposent au x autres et en particulier Jacques Opangault, il réussit à provoquer une défection dans les rangs du MSA par la clarté et la limpidité de son discours politique. Au pouvoir, il développe le sens de l’unité nationale dans un climat qui va s’avérer, à un certain moment, trouble à cause de la "guerre de février 1959". Celle-ci provoque une césure nord/sud et dont les échos reviennent souvent dans les oreilles de certains acteurs politiques qui associent imbécilité et ruse pour se faire un électorat acquis à leurs causes. Triste réalité ! Et la guerre de 1959 apparait comme une grande épreuve à Youlou pour maintenir l’unité nationale en travaillant main dans la main avec l’emblématique Opangault jusqu’à leur "mise en fourrière" par les révolutionnaires d’août 1963.

De l’économie, Youlou se remarque déjà en 1958 quand il est encore Premier ministre. Il adopte un certain nombre de mesures pour améliorer les conditions de vie des Congolais. Marqué par l’analphabétisme politique des Congolais qui vivent le multipartisme sur fond de régionalisme ou d’ethnicité, Youlou propose la création d’un parti unique qui regrouperait tous les acteurs et élites politiques. L’idée est acceptée par ses adversaires. Et Opangault de déclarer : "La République ne peut être forte que si l’union est franche et l’union ne peut être franche qu’avec la création d’un parti unique" (p.90). Il fallait une cohésion politique pour soutenir l’essor économique. Aussi, il décide la réalisation du barrage de Sounda dans le Kouilou sur lequel devait se baser le développement économique du pays. Hélas ! Août 1963 viendra mettre fin à l’ambition du tandem Youlou/Opangault dans le développement socioéconomique du pays.

Concis avec une centaine de pages, le livre de Rudy Mbemba est une mine dans la redécouverte du personnage du premier président du Congo. L’après août 1963 de Youlou nous est retracé à travers ses relations et antagonismes avec les acteurs politiques de l’époque de l’autre rive du fleuve tels Kasa Vubu, Tsombé et Lumumba. En se fondant principalement sur trois ouvrages : "J’accuse la Chine" de Youlou, "Histoire et sociologie politiques de la République du Congo" de J.M. Wagret et "Les trois glorieuses ou la chute de Fulbert Youlou" de R. Boutet, Rudy Mbemba nous invite implicitement à re-plonger dans l’histoire du pays en mettant au premier plan l’homme politique Youlou. Cette histoire qui nous révèle les tenants et aboutissants du programme socioéconomique du premier président congolais qui devait réaliser le bonheur de son peuple à sa manière.

A travers ce livre, se dégage un travail louable d’un homme de droit. Et comme il est écrit sur la quatrième de couverture du livre, "En 1990, grâce à la Conférence nationale Souveraine (…), la liberté d’expression retrouvée délia les langues (…). Il était maintenant possible d’entreprendre sans être censuré, toute étude critique sur la présidence de Fulbert Youlou" ; Rudy Mbemba l’a fait et nous osons espérer que les doyens qui ont travaillé pour ou contre le premier président congolais et qui vivent encore, augmenteront ces idées, combien louables de Rudy Mbemba.

Noël KODIA Essayiste et critique littéraire, Directeur du département Publications et Roman du groupe de réflexion, d’action, l’influence Afrology (*) Rudy Mbemba dya-bô-BENAZO-MBANZULU, "Plaidoirie pour l’abbé Fulbert Youlou, Ed. l’Harmattan, 2009, 131 p.
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